Prendre la clé des champs grâce au Land Art !

Une dizaine d’adultes handicapés, résidents de la Sittelle (Papillons blancs) dans le Morbihan, ont découvert le Land Art. Guidés par Karen Raccah,  ils ont laissé libre cours à leur créativité sur la plage et en forêt. Une exposition photo valorise leurs oeuvres avec la complicité des lycéennes de Jean-Guéhenno, à Vannes.

Côté mer, il y a des coquillages, des algues, du sable et des rochers puis l’estran comme espace de création. Côté terre, il y a les feuilles, les fleurs, les branches, les pierres puis la forêt ou la prairie comme cadre. Le Land Art se pratique au coeur de la nature. Il n’y a jamais de chevalet, ni de pinceau. L’artiste utilise la matière que la nature lui offre ; il la déplace, l’associe, la façonne et la met en scène autrement, de manière épurée.  Chacun peut s’y essayer, aucun préalable n’est requis.  Si ce n’est un réel plaisir à se rapprocher des éléments et à prendre la clé des champs. C’est un moyen de lâcher prise, d’éveiller sa curiosité et de développer sa créativité à tout moment de l’année, en bord de mer ou à la campagne.

Sans chevalet, la nature entre les mains

« La nature est généreuse, il suffit de s’adapter à ce qu’il y a sur place, d’observer. On est souvent étonné de ce que l’on trouve », souligne Karen Raccah, pour mettre à l’aise les participants aux ateliers Land Art qu’elle propose près d’Auray. La matière que propose la nature est en effet riche de couleurs et de formes. « L’idée n’est pas de faire du figuratif -de dessiner quelque chose de connu- mais de travailler des contrastes, une matière, une couleur . C‘est le lieu qui guide la création, on cherche à le mettre en valeur avec ses particularités. Je suis là pour garantir un esthétisme».

Didier, Sophie, Chantal, Murielle, Sonia, Fabrice et quelques autres résidents du foyer la Sittelle (Association les Papillons Blancs)  ont été très réceptifs au message. Ils semblaient très à l’aise de laisser libre cours à leur imagination, le nez au vent, des feuilles ou des coquillages entre les mains.« En regardant autour de nous, on trouve l’idée », confient l’un d’eux.

Ils ont expérimenté le Land Art pour la première fois en quelques sorties de trois heures et avec beaucoup de plaisir Leur handicap n’a pas été un frein, leur grande sensibilité a été un atout.

Ephémère mais essentiel

Des cailloux blancs posés dans l’herbe comme un chemin vers l’infini ; des petites fleurs jaunes disposées dans l’écorce sombre d’un tronc d’arbre telle une parure précieuse mais vulnérable ; des pierres en équilibre sur les rochers face à l’océan. Les créations ont en commun cette esthétique épurée qui capte inlassablement le regard. Elles disent l’essentiel.

La photo est indispensable pour témoigner de ces pièces éphémères, soumises aux éléments. Elle prolonge naturellement l’oeuvre de Land Art et la valorise. Karen Raccah assure les prises de vues avec le plus grand soin. « La photo souligne le travail de création et le handicap s’efface », confie Karen Raccah qui a entraîné le groupe de l’estran à la forêt. « Chacun va chercher sa nature. J’observe leur déclic, c’est une vraie joie ! ».

Des lycéennes aux petits soins

Pour témoigner de cette aventure et la faire partager, les photos ont été imprimées sur seize grandes bâches verticales, exposées courant octobre au lycée Jean-Guéhenno à Vannes. Pourquoi là ? Tout simplement parce que des lycéennes qui se forment à l’accompagnement au soin et au service à la personne (Bac ASSP) ont été associées au défi Land art. Si elles n’ont pu accompagner les handicapés sur le terrain, elles ont recueillies leurs impressions avec attention, assuré l’accrochage des oeuvres et préparé un vernissage. « Tant qu’elles sont mineures, elles n’ont pas la possibilité de se former auprès de personnes handicapées. C’est une opportunité formidable de les sensibiliser à un public qu’elle toucheront peut-être dans leur vie professionnelle. Elles ont pu mettre en pratique leurs notions de communication non verbale et leurs compétences humaines » confie Maud Lebreton, leur enseignante principale. « C’est une expérience humaine très riche qui les touche vraiment ».

Les relations complices nouées autour des oeuvres en attestent, à renfort de hugs et d’éclats de rire!

Atelier Mise à l’eau propose des stages de Land Art, en Bretagne sud, à Auray, animés par Karen Raccah, artiste plasticienne.  http://atelierlandart.com

Le Land art est aussi une approche artistique idéale pour mener une action d’éducation à l’environnement dans les écoles et les institution spécialisées.  Il favorise l’éveil du regard, le sens artistique et la créativité individuelle. C’est l’occasion d’ouvrir les yeux sur une multitude de matériaux que la nature nous offre : textures, couleurs, formes, odeurs, tout en respectant le milieu naturel dans lequel on intervient. Chaque enseignant ou éducateur peut à partir de cette activité, élargir le champ de réflexion avec les élèves, tout au long de l’année ou sur un projet.

 Les Papillons Blancs du Morbihan ont pour vocation de rassembler les parents et amis de personnes handicapées mentales. Constituée depuis 1961, l’association se nomme l’Adapei du Morbihan.

http://www.adapei56.com

 

Reportage de Marguerite Castel