Sourds et entendants sur une même partition !

A Nantes, enfants sourds et entendants se rencontrent lors d’ateliers multiculturels animés par l’association P’tit Spectateur et Cie. Avec la complicité de T’Cap, réseau qui travaille sur l’inclusion des handicapés, l’échange s’est concrétisé en langue des signes par des créations artistiques communes faisant appel à tous les sens. 

La curiosité et l’empathie semblent être au coeur de ces temps de rencontres artistiques.

Deux samedis matins par mois, douze enfants sourds et entendants explorent ensemble le rôle du corps et des sens dans la création. Ils sont comme à égalité face à des techniques artistiques qu’il leur est proposé de découvrir en huit séances. Création d’origamis pour une fresque collective, autoportraits en transparence lors d’une performance street-art, chansons en langue des signes (chansigne), vidéos en mimant une émotion… Chacun peut s’exprimer avec son talent ou son appétence pour telle discipline. L’enjeu est d’aborder tous les sens autres que l’ouïe et de manière collective.

La plupart des rendez-vous se tenaient à Nantes-Sud, dans le quartier du Clos-Toreau, à la Maison des Confluences. Un nom qui fait écho à l’objectif de mixité que porte l’association P’tit Spectateur et Cie. « Une activité culturelle permet de mieux se connaître soi-même et donc de mieux connaître l’autre. La mixité des profils permet cette ouverture», assure Manon Pasquier, coordinatrice de l’association qui a piloté l’animation de ces ateliers. « Les enfants ont cette capacité plus spontanée à entrer en communication, ils improvisent rapidement, ils ont moins de pudeur que les adultes. Les entendants n’ont pas eu de retenue envers les sourds et inversement », remarque-t-elle.

Les uns sont captivés à découvrir la langue des signes, les autres redoublent d’efforts pour se faire comprendre. « Notre point faible à nous entendants c’est l’expression du visage ! ».

De belles complicités se nouent ainsi. L’équipe d’intervenants est d’ailleurs constituée d’entendants et de mal entendants.« Nous veillons à ne pas faire primer une langue sur l’autre (signée et parlante) »

Le « prétexte » de la création artistique se revèle être le moyen le mieux adapté pour échanger malgré les différences. « L’art questionne la société, le monde. Dans sa pratique, il y a une réflexion qui compte davantage que le résultat. Et c’est ce qui permet de changer son regard sur les autres ».

 Témoignages parlants !

Laly 12 ans,

« Je pensais que ce serait plus difficile de communiquer avec les mal-entendants. Ils ont fait beaucoup d’efforts pour comprendre et se faire comprendre. Cela nous a bien aidé. En choisissant bien ses mots, on dit l’essentiel »

Aubin, 9 ans

« J’ai bien aimé l’atelier street-art, on dessinait sur nos visages par dessus un film alimentaire, c’était très drôle. J’ai appris plusieurs gestes de la langue des signes, ce n’est pas si difficile et c’est amusant. Parfois, on continue à mimer avec mes soeurs, à la maison.»

Zoé, 11 ans

« Avant, cela m’intriguait de voir des sourds faire des mimes dans la rue, cela me semblait étrange.  En les rencontrant aux ateliers, on était en confiance et on avait tous envie de se comprendre. J’ai compris qu’il ne fallait pas craindre ce que l’on ne connait pas.»

Roxane, intervenante T’ Cap (alors en service civique)

« J’ai suivi des études de sciences du langage et je me suis formée à la langue des signes pour me rapprocher des mal-entendants J’aime beaucoup cette langue, elle porte toute une culture et une histoire complexe. En 1880, elle a été interdite durant un siècle, cela a été un vrai traumatisme pour les sourds. Aujourd’hui nous devons favoriser leur intégration et communiquer davantage avec eux. Les enfants savent le faire plus naturellement»

 Imane, intervenante T’Cap (mal-entendante)

« Je travaille au rapprochement des personnes sourdes et entendantes en assurant l’animation d’ateliers en langue  des signes (LSF).Ces pratiques aident les enfants à s’ouvrir et à prendre conscience de leurs différences. Les adultes ont plus de mal, des dirigeants ont encore peur d’employer du personnel sourd.»

P’tit Spectateur & Cie : le pari du multiculture

P’tit Spectateur & Cie est une association agréée Jeunesse Education populaire subventionnée par la ville de Nantes et la Drac. Créée en 2009 par une bande d’étudiants aux profils et parcours culturels différents, très en lien avec le jeune public et avec l’envie commune de faciliter l’accès des arts à tous. A l’instar du multisport, ils ont fait le choix du multiculturel qui existait peu ou pas. Ce qui a supposé une capacité d’innovation pour toucher des familles éloignées des pratiques culturelles.

Depuis son adhésion au collectif T’ Cap, elle oriente aussi sa mission vers les enfants handicapés. Après avoir expérimenté des « cabanes sensorielles » permettant aux déficients visuels de ressentir une oeuvre en sollicitant tous les sens grâce à des sons, des bruitages, des odeurs, des expériences tactiles, l’association met en place des ateliers culturels mêlant enfants sourds et entendants en 2017. La pertinence de cette action tient de la rencontre, du faire ensemble pour apprendre de l’autre en utilisant d’autres sens que l’ouïe.

P’tit Spectateur et Cie – Maison des Confluences, 4 place du Muguet Nantais. 44 200 Nantes.

ptitspectateur@gmail.com   Tel : 09 51 04 07 12 www.ptitspectateuretcie.fr

T’ Cap, le réseau d’inclusion du handicap

T’cap est un réseau de plus de 170 associations et collectivités œuvrant pour l’accès à la vie sociale des personnes en situation de handicap.

C’est un important lieu de ressources qui informe les handicapés, leurs familles et les professionnels des dispositifs existants et oriente vers des structures d’accueil. Il soutient l’émergence de projets associatifs, conseille les collectivités sur les politiques publiques. Ces diverses actions conjuguées à quelques événements conviviaux (un festival tous les deux ans) permettent d’améliorer la vie sociale des personnes en situation de handicap notamment par le sport, les loisirs, la culture, les vacances et l’engagement, dans une démarche d’inclusion sociale. Ce qui sensibilise et invite tout un chacun à dédramatiser son regard sur le handicap.

T’ Cap, 2 rue de Saint-Jean de Luz. 44200 Nantes

Reportage et photos réalisés par Marguerite Castel