Au coeur des bulles : dessine-moi tes possibles

En Maine-et-Loire, des résidents de la Maison Perce-Neige de Saumur-Bagneux ont bénéficié d’un atelier « dessin » pas comme les autres, animé par Olivier Supiot. Le dessinateur de BD leur a proposé une aventure inédite au coeur de ses bulles, riche d’ouverture.

C’est avec Le cheval qui ne voulait plus être une oeuvre d’art que les résidents de la Maison Perce-Neige de Bagneux (49) ont découvert le monde dessiné d’Olivier Supiot. Leur rencontre a débuté au musée des Beaux-Arts d’Angers en septembre 2017 lors d’une expo consacrée au magnifique ouvrage de l’auteur angevin (Editions Delcourt et Louvre éditions). Cette BD raconte les aventures du Cheval Blanc de Géricault qui sort de son tableau une nuit au musée du Louvre. Elle était présentée en quelques planches originales sous forme de déambulation, pour permettre leur confrontation à quelques peintures anciennes. « J’ai emmené les résidents voir cette expo pour leur proposer une autre entrée en matière au dessin , cela leur offrait aussi l’opportunité de sortir au musée », explique le dessinateur qui a ensuite animé six ateliers en novembre et décembre 2017 au foyer de vie Perce-Neige.

David, Nathalie, Quentin, Aurélien, Françoise, Florence et Nathalie y ont participé volontairement en composant avec leur handicap. Ils se sont progressivement investi, à mesure que la confiance les gagnait. « Chaque lundi matin, devenait un rituel important pour eux », explique Stéphane éducateur (aide médico-psychologique) qui a suivi l’expérience avec enthousiasme. « La présence d’Olivier Supiot a donné un nouveau souffle à la notion de dessin, elle a été un déclencheur pour certains résidents qui se sont révélés grâce à son approche ».

 La confiance fait tomber les barrières

« On a fait un cheminement. D’abord, on devait s’apprivoiser puis s’emparer des outils et au fil des thèmes figuratifs proposés (le jardin, le voyage, les animaux, la cuisine) laisser-aller son expression, se lâcher. Je ne dessinais pas, je les stimulais, leur suggérais des pistes. », précise Olivier Supiot. Chacun à sa façon s’est ainsi emparé d’une feuille A4 ou A3 et d’un crayon. « Ce n’est pas si simple de s’approprier cet espace et d’y projeter sa pensée, on met de soi ». Et l’on craint aussi le regard de l’autre !

Mais le calme et la bienveillance qui présidaient ces ateliers ont fait tomber les barrières. L’auteur et l’éducateur ont mesuré le plaisir des résidents à s’exprimer, à jouer avec des mots, à représenter leurs idées. « Pour la première fois, certains d’entre eux ont dessiné non plus en copiant un modèle mais ce qui sortait de leur propre imaginaire.»

L’objectif suivant étant de valoriser leur création, les dessins seront mis en forme dans un fanzine qu’Olivier Supiot éditera dans un second temps. Cette « Esquisse d’un regard neuf » s’inscrit dans un projet plus large porté par Au coeur des Bulles http://www.aucoeurdesbulles.com.

L’association du Maine-et-Loire mène des actions de sensibilisation au dessin et au récit auprès des scolaires, prolongeant ainsi son festival de bande dessinée à Montreuil-Bellay chaque printemps. Pour la première fois cette année, elle s’adresse aux personnes en situation de handicap. Ce projet s’est concrétisé avec succès à la maison Perce-Neige de Saumur-Bagneux et autour d’un dernier temps fort peu avant Noël.  Olivier Supiot et le comédien Richard Petit de la Compagnie Troll ont offert un spectacle de conte dessiné aux résidents. Chaque histoire était résumée en un seul dessin exécuté en direct et projeté sur la scène,  quelle nouvelle aventure !

 Reportage et photos de Marguerite Castel

 

Scénariste, coloriste et illustrateur, Olivier Supiot est né en 1971 à Angers. Après des études d’Arts graphiques à Tours, quelques unes de ses planches sont publiées dans Fluide Glacial, puis, en 1998, paraît son premier album Erzurum (Éditions du Cycliste). En 2003, il remporte le Prix du meilleur dessin au Festival d’Angoulême pour Le Dérisoire (Glénat), en compagnie d’Éric Omond. En 2015, il est au dessin de Pieter et le Lokken, titre inaugural de la collection Les Enfants gâtés (Delcourt), avec Olivier Ka au scénario. Il signe également le premier album de la collaboration entre les Éditions du Louvre et Delcourt en 2016 avec Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art. Ses publications régulières et qualitatives en font un auteur reconnu.

Créée en 1966 à l’initiative de Lino Ventura, la Fondation Perce-Neige œuvre pour accueillir et accompagner les enfants et adultes touchés par un handicap mental, physique, psychique, un polyhandicap ou l’autisme. Elle gère aujourd’hui 35 établissements en France, appelés « Maisons Perce-Neige » : foyers de vie, foyers d’accueil médicalisés, maisons d’accueil spécialisées, institut médico-éducatif.